Archives mensuelles : novembre 2014

Mise en piste

L’intime s’invite au cœur du stade Sadi Carnot à Pantin, un intime non dépourvu de performances. Le P’tit Cirk s’installe au cœur du nouveau chapiteau amovible dont s’est dotée la municipalité. Ce nouvel équipement se dresse en plein milieu du stade, au gré de spectacles proposés par la nouvelle saison culturelle.

P'tit Cirk

Samedi 29 novembre, la compagnie du P’tit Cirk présente Hirisinn, qui signifie « poils ou cheveux qui se dressent » en breton. Frissons et frémissements pour tous publics sont distillés autour d’une histoire de transmission.

Emotions pures et brutes

L’effroi délicieux de celui qui prend son envol, s’appuie sur son aîné pour s’élancer. La douce frayeur du parent qui, encore agile, se mesure à son enfant, montre sa virtuosité à se déployer dans les airs. Dans Hirisinn, l’exploit est primordial, la performance de cirque brute, pure et extraordinaire est aussi importante que le jeu d’acteur, la mise en musique live, la lumière et la scénographie. Et pourtant le spectacle « n’est pas un enchaînement de performances physiques mais une sensibilité qui s’exprime. On souhaite mettre en avant la relation entre des personnes qui cherchent à communiquer une émotion. Nous partons d’une technique de cirque traditionnel et l’alimentons à notre manière pour provoquer du jeu entre chaque personnage. L’histoire se construit à partir de nos improvisations. » explique Danielle Le Pierrès co-fondatrice du P’tit Cirk avec Christophe Lelarge.

Au cœur d’un chapiteau douillet, chaleureux comme un foyer, ils explorent avec deux jeunes circassiens, venus les rejoindre pour cette création, le rapport filial, les liens humains faits d’élans, de croisements et d’éloignements, d’amplitude et d’intimité mêlées. Illustrés par des voltiges et des acrobaties, utilisant le trapèze, les arceaux et les anneaux chinois, Hirisinn est un spectacle sans paroles qui évolue au rythme d’une partition musicale espiègle et poétique, interprétée sur piste par un bandonéon et un saxophone. Une histoire de famille à découvrir en famille

En savoir plus sur le site de la Ville de Pantin.

 Hirisinn

Compagnie le P’tit Cirk

De et avec : Danielle Le Pierrès, Christophe Lelarge, Dimitri Lemaire, Louison Lelarge

Samedi 29 novembre à 18h, au stade Sadi Carnot de Pantin

A partir de 5 ans

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La Guerre d’Abel

Qu’il s’agisse de conserver, de restaurer ou de commémorer,  il est toujours question d’un combat. Combat contre l’usure du temps, contre l’effacement de la mémoire, contre la dispersion des témoignages et la disparition des témoins. Lorsqu’en point d’orgue aux commémorations du Centenaire de la Grande Guerre, le 8 novembre dernier, J’Accuse d’Abel Gance (avril 1919), entièrement restauré  à l’initiative de Lobster films,  fut projeté lors d’un ciné-concert exceptionnel à  la Salle Pleyel, on mesure ce que les passions peuvent engendrer de catastrophes et de chef d’œuvres.

J'Accuse

« J’obtins 2.000 soldats »

Plongé au milieu du conflit de 14-18, Abel Gance voit ses amis mourir au front. Soldat malgré lui, filmant pour l’armée, la guerre, les tranchées, les assauts meurtriers, il reste néanmoins un poète révolté : « J’eus ce sentiment d’une rage insensée d’utiliser ce nouveau médium, le cinéma, pour montrer au monde la stupidité de la guerre.» Il imagine J’Accuse, ce chef d’œuvre du cinéma muet, alors que la guerre fait encore rage. Fortement influencé par le récit d’Henri Barbusse « Le Feu », Abel Gance cherche une manière de figurer ce que la guerre et la barbarie peuvent tuer d’humanité en tout homme.

L’argument de J’Accuse est simple,  trois personnages, deux hommes et une femme –  mari-femme-amant presque un trio de vaudeville-  sont irrémédiablement transformés par la guerre. Et si le film met du temps à prendre de l’ampleur, il est jalonné de magnifiques séquences  où la virtuosité de la composition picturale, les incroyables effets de lumière, jouant sur le clair-obscur rivalisent avec un matériau filmé directement sur les champs de bataille. En effet, avec l’accord de l’armée qui soutient son projet de film,  Abel Gance est remobilisé dans la section cinématographique, ce qui lui permet de filmer les combats. Ces images extraordinaires sont inclues dans la scène de la bataille finale. De même, pour tourner la séquence des soldats morts qui reviennent auprès des vivants, Abel Gance demande à utiliser comme figurants des soldats qui sont en permission dans le midi : «  J’obtins ces 2.000 soldats qui savaient qu’ils ne survivraient jamais dans cet enfer. Ils avaient tout vu, et maintenant ils devaient interpréter des morts, sachant qu’ils allaient probablement mourir à leur tour. Cette tension à l’origine de l’impact psychologique de la scène explique la force  du jeu de ces morts vivants en permission. »

J'Accuse les morts

Léonce Henri-Burel, directeur de la photographie d’Abel Gance raconte, que la production du film commença comme un film de recrutement, ce qui permit au réalisateur de compter sur la coopération de l’armée. Le film était pratiquement terminé lorsque la guerre prit fin, que faire alors d’un film de propagande militaire ? Léonce Henri-Burel explique que Gance changea quelques cartons de dialogue et transforma le film en œuvre anti-guerre.  On a dû mal à croire cette version de la petite histoire, tant la force du propos d’Abel Gance est martelée avec ses images saisissantes.

Le film n’est certainement pas une ode pacifique, mais comme finira par l’avouer Abel Gance : « J’Accuse était fait pour montrer que si la guerre n’avait pas d’objet précis, alors c’était un gâchis terrible ».

Reconstruction d’un chef d’œuvre

Malgré le succès international de cette œuvre visionnaire saluée par les  plus grands – dont Griffith et Chaplin – J’Accuse fait partie de la légende des grands films invisibles. Détruit, mutilé, il n’avait jamais été édité en vidéo, ni montré dans sa splendeur depuis près d’un siècle.

La projection de J’Accuse, ce 8 novembre Salle Pleyel lors d’un ciné concert exceptionnel en présence du Premier Ministre, Manuel Valls, présente la version la plus complète (3.525 mètres) et la plus magnifique de l’œuvre d’Abel Gance.  Le négatif original du film n’existant plus, il a été patiemment reconstruit et restauré par l’Eye film Institute d’Amsterdam, à l’initiative de Serge Bromberg qui acquit les droits du film auprès de Nelly Kaplan. Il a fallu récupérer différentes copies réparties entre la France, les Pays-Bas et la République tchèque, les comparer, choisir les éléments du film les mieux conservés, pour ensuite les scanner en vue du montage numérique et de la restauration.

La projection du 8 novembre était illustrée d’une partition originale. Pour l’occasion, la ZDF et Arte ont demandé au compositeur français Philippe Schoeller une création musicale symphonique et électronique, interprétée par l’Orchestre philharmonique de Radio France sous la direction de Frank Strobel.

jacquette DVD J'Accuse

L’édition DVD de J’Accuse, proposée à la vente en France depuis le 12 novembre par Lobster Film offre, quand à elle,  le film restauré, accompagné d’une musique orchestrale nouvelle de Robert Israel, pleine de lyrisme, de force et d’énergie.  En bonus, « Mères Françaises », un film réalisé en 1916, par Louis Mercanton et René Hervil, permet de redécouvrir l’immense Sarah Bernhardt.

Clowns inoffensifs

Dans le Slava’s Snowshow, ils sont les verts compagnons du jaune Assissaï. Etranges silhouettes de desesperados, vêtues de cache poussière,  coiffées de chapeaux oreilles accrochant les nuages et les étoiles, ils déambulent avec l’élégante maladresse des girafes, antidotes parfaits à la coulrophobie ambiante.

En suivant les Greenz, entrons dans le monde de Slava Polunin, ce clown qui déteste les clowns – ces pitres souvent sinistres qui ne cherchent qu’à être drôles, et maintenant terrifiants. Doucement, glissons nos pas dans les empreintes laissées par ses gros chaussons rouges.

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En compagnie des fous

« L’art du clown est une collision d’incompatibilités », proclame Slava, «c’est une façon de créer un nouveau monde, plutôt que de répéter celui existant ». Ainsi pourrait s’expliquer la pérennité du succès du Slava’s Snowshow.

En concevant un univers aux frontières du temps, qui flirte avec l’onirisme des contes de fées et puise sa poésie dans un mélange d’anciennes traditions scéniques et de travail artisanal, Slava est parvenu à ce miracle : permettre à une bande de fous de survivre à l’érosion provoquée par le temps et les habitudes

Car le fou, selon Slava, est un artiste qui avec une naïveté désarmante, une sagesse issue de temps immémoriaux et une joie de vivre à toute épreuve, révèle aux autres la poésie du monde. Il élabore, ainsi, sa propre mythologie où figurent en bonne place des créatures déjantées : les Greenz.

Greenz Power

En marge de son spectacle, Slava a imaginé le développement d’une série de projets impliquant ces créatures loufoques. Echappés de l’espace clos du théâtre, ils s’égaillent dans le monde extérieur, diffusant leur magie poétique à travers toutes les formes de médias. Récemment, on les a vus sur le plateau d’un journal télévisé, franchir les frontières des conventions, et semer une candide anarchie dans la mécanique huilée de l’interview. Ils sont tout en espièglerie, en humour tendre, en insouciance enfantine. Captivés par l’instant présent, ils provoquent des situations tragi-comiques.

greenz fleur

Les Greenz sont enfants de la nature.  Fragiles comme des oisillons, ils sont nés dans des œufs jaunes spongieux,  abrités par certains arbres du Moulin Jaune. Ils sont en lien permanent avec la terre, à laquelle les collent leurs chaussures démesurées, mais ils ont bien souvent leur nez rouge en l’air, et portent leur regard, comme les tout petits enfants ou les jeunes chiots, vers le ciel. Ils perçoivent au-delà du visible, de l’utile, et entrent en vibration avec l’univers. Les Greenz, espèce fantaisiste non répertoriée, mais à protéger, sont précieux comme l’innocence et la nature.

Pour en savoir plus su les Greenz, lire le communiqué de presse de Batida and co, ici .