Archives mensuelles : septembre 2014

Je dans un corps autre

En ce début de saison culturelle, la thématique du corps interpelle les artistes les plus divers. A Pantin, la deuxième édition de Ville en Images devenue -Corps politiques  interroge la place du corps dans la société et l’espace urbain à travers les arts visuels. Au théâtre, c’est Vahram Zaryan, qui propose une mise en scène de « La Tête en bas »,  performance de mime contemporain inspirée du roman de Noëlle Châtelet.

Ce spectacle, dont les premières représentations publiques auront lieu du 24 au 26 septembre à l’Atelier du Plateau, a bouleversé Batida and co qui a mis tout l’enthousiasme de son équipe de relations presse pour en assurer la promotion.

 Le nom de ce corps est Paul

 « La tête en bas » est, avant tout, la chorégraphie du lent arrachement de l’identité masculine du personnage principal, au corps féminin construit par ses parents. Le drame du personnage est inscrit dans son corps. Né hermaphrodite, Paul a été créé fille par la volonté de ses parents. Immobilisé, forcé de l’extérieur, tout en étant prisonnier de l’intérieur, le personnage lutte pour retrouver son être dérobé.

Vahram Zaryan Company_La Tete en Bas_Festival PAN_2013-3

Les pensées intimes de  Paul font la trame de la narration, mais c’est le mime sur scène, dont les gestes et les émotions s’entrelacent avec les sons, les vidéos et les lumières, qui permet au spectateur d’entrer dans les rêves et les cauchemars du personnage. Car l’ambition de Vahram Zaryan, soutenu par l’écriture dramaturgique de Florent Bracon, est de transporter les éléments langagiers du roman sur le plan corporel, puis visuel. Vidéos et sons viennent raconter leur propre version de l’histoire de Paul, ponctuant le silence du mime qui fait place nette pour l’honnêteté et l’immédiateté du corps.

Sur scène, les corps des interprètes donnent à voir la fragmentation identitaire,  les multiples représentations intérieures du personnage surgissent se confrontant aux objets, luttant pour que se dessine progressivement la carte d’un homme entier et qu’enfin il soit nommé.

 LA TETE EN BAS

Performance et mime contemporain

Librement inspiré du roman de Noëlle Châtelet publié aux éditions du Seuil

Mise en scène et scénographie de Vahram Zaryan, avec Vahram Zaryan, Amé Karen Hakobian

A l’Atelier du Plateau, 5 Rue du Plateau, 75019 Paris, du 24 au 27 septembre 2014 à 20h. Les représentations seront suivies de rencontres-débats en présence de Noëlle Châtelet.

Pour en savoir plus sur la Compagnie Vahram Zaryan , visitez son site, iciPlus d’infos sur les représentations de « La tête en bas » sur le Site de l’Atelier du Plateau, .

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Pantin, ville ouverte

La saison culturelle 2014-2015 de Pantin s’ouvre, insolite, provocante, aussi riche d’interrogations que de propositions, offrant un regard singulier sur le monde contemporain et l’espace urbain. Et pour Batida and co, c’est la troisième saison que nous soutenons, avec toujours le même enthousiasme, la même passion qui jamais ne s’érode.  Ainsi septembre voit poindre la deuxième édition de Ville en Images Devenue. Les arts visuels sont au cœur de cette exposition, présentée au Théâtre du Fil de l’eau et au Pavillon, du 16 septembre au 26 octobre, en partenariat avec le Département de la Seine-Saint-Denis et le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris.

 La place du corps

Avec Ville en images devenue_Corps politiques, les artistes s’interrogent, à travers leurs œuvres, sur la place du corps dans différentes expériences humaines et sphère sociales.

Dans un même mouvement, les images fixent et reproduisent ce corps que nous croyons unique, elles le projettent, surréel, sur nos écrans et dans notre monde virtuel. Mythique, emblématique ou indifférent, collecté ou morcelé, immergé dans la banalité ou surprenant, le corps mis en scène, manipulé, représenté au cours de cette exposition devient politique.  Car mis à l’épreuve du monde et de la ville, tous ces corps sont, plus qu’une somme d’individualités, un collectif.

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Au centre de cette exposition, l’installation sur deux écrans de ZIDANE, un portrait du 21ème siècle de Douglas Gordon et Philippe Parreno sera présentée pour la première fois en France

Les images de cette œuvre emblématique de la collection audiovisuelle du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris proviennent de 17 caméras braquées sur le joueur lors d’un match opposant les équipes du Real Madrid et de Villa real, ainsi que d’extraits du match tel qu’il a été retransmis à la télévision. Alors que dans un sport collectif, l’individu tend à disparaître, c’est ici une figure individuelle, le mythique Zinedine Zidane, qui incarne à elle seule une collectivité. Un portrait spécifique de notre siècle s’élabore à partir de ce « héros » momentané auquel  des millions de personnes ont pu s’identifier.

En marge de l’exposition, de nombreux événements associés ont été conçus afin que l’immersion au cœur de ces imaginaires particuliers, oniriques et décalés soit totale : Nuit Blanche, projections, performances dans les différents lieux culturels de la ville (les bibliothèques, le Ciné 104, notamment) permettront des rencontres entre le public et les artistes

VEID_Corps politiques marquera l’ouverture de la Saison culturelle de Pantin, vendredi 26 septembre.

Villes en Images Devenue du 16 septembre au 26 octobre 2014

Une collaboration de la Ville de Pantin, du  Musée d’Art moderne de la Ville de Paris et du Conseil Général de la Seine Saint Denis, avec les œuvres de : Iván Argote, Fayçal Baghriche, Flore Chenaux, Loïc Connanski,  Alain Declercq, Anne Deleporte, Pascal Frament, Douglas Gordon et Philippe Parreno, Camille Goujon, Clarisse Hahn, Hee Won Lee, Sabrina Lestarquit, Tony Oursler, Gilles Paté et Stéphane Argillet, Stéphane Pichard, Justine Triet.

Pour en savoir plus, lire le dossier de presse de Ville En Images Devenue, ici et le communiqué de presse de Ville En Images Devenue .

Martine en Kmion

Sur l’autoroute du retour, la rentrée, poussée par un été sans soleil, déploie ses remaniements, ses changements, ses nouveautés. Comme chaque année, elle se veut spectaculaire, innovante, florissante.

Et si nous bifurquions. Et si, au lieu d’emprunter la voie royale tracée par d’autres, nous prenions la tangente. Et si comme Martine Camillieri avec son livre « Jamais sans mon Kmion » publié aux éditions de l’Epure, nous partions en vadrouille, et si nous nous offrions une petite robinsonnade ?

 Guide d’improvisation

Avec son « roady langage », cet espéranto du voyageur constitué aux bords des chemins, ses photos simplement belles, accompagnées  d’illustrations signées par Mathieu Camillieri, Martine nous dévoile à travers les 300 pages de son fabuleux « Jamais sans mon Kmion, slow travel et cuisine de peu » tout un art de l’improvisation, de la débrouille quand le confort du quotidien est en vacance.

 IMG_6326crédit photo : Martine Camillieri

Ancienne fille de pub, qu’elle quitte en 2000, auteure, plasticienne et scénographe, Martine Camillieri s’interroge sur l’écologie, le recyclage, la biodiversité et les phénomènes de surconsommation. Lorsqu’elle part en vacances, deux mois par an sur les routes d’Europe, à bord d’un camion qu’elle a aménagé, elle se contente de peu, elle part légère, avec le désir de dormir et cuisiner chaque jour dans la nature.

Le temps se dilate, les petits instants se multiplient au fil des photos qui illustrent richement cet ouvrage, avec la splendeur de la simplicité. La pénurie organisée oblige à l’inventivité, au « nomadisme des utilités » comme l’écrit Martine, nommant ainsi la démultiplication des fonctions des objets (voir pages 36 et 37, les mille et une vies d’un pliant).

Le marché local et les pêches  de Bernd, son compagnon d’odyssée, donnent leurs couleurs à la cuisine de Martine, recettes généreusement partagées dans la partie Cook Book du livre et réalisées avec les quelques instruments embarqués dans son Kmion.

IMG_6249-OKKcrédit photo : Martine Camillieri

Les voyages de Martine invitent à lâcher prise, à échouer nulle part, à se perdre, puis à revenir par paliers, doucement. Car Martine semble connaître l’essence même du voyage, qui ne vaut pas tant pour sa destination que pour sa durée.  Il ne fait alors aucun doute que notre tangente finira par retrouver, au détour d’un chemin, la voie royale.

« Quand tu prendras le chemin vers Ithaque,

Souhaite que dure le voyage,

Qu’il soit plein d’aventures et plein d’enseignements […]

Souhaite que dure le voyage,

Que nombreux soient les matins d’été où,

Avec quelle ferveur et quelle délectation,

Tu aborderas à des ports inconnus ! […]

Mais ne presse pas ton voyage,

Prolonge-le le plus longtemps possible

Et n’atteint l’ile qu’une fois vieux,

Riche de tous les gains de ton voyage,

Tu n’auras plus besoin qu’Ithaque t’enrichisse. »

Constantin Cavafy, « Le chemin vers Ithaque »

Pour suivre Martine Camillieri, vous pouvez faire étape sur son site  ou sur sa page facebook.